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Historique de l'abbaye de Moreilles, extrait de "la Vendée à travers les âges", Louis Brochet, 1902.

L'abbaye de Moreilles, d'abord de l'ordre de Clairveaux, fut bâtie par les seigneurs de Triaize sous l'invocation de la Sainte Vierge. Elle existait avant 1109, puisqu'à cette date Airnery de Bouil, seigneur du Poiroux, ayant fondé dans cette paroisse l'abbaye de Bois-Grolland, fit venir des moines de Moreilles, et mit le nouveau monastère sous la direction et dépendance de la maison-mère, dépendance dont il sut s'affranchir en grande partie dans la suite. Néanmoins l'existence de cette subordination, au moins pendant quelques années, est nettement établie par le document ci-dessous tiré du Cartulaire du Bas-Poitou par Paul Marchegay.

Au nom de la sainte et indivisible Trinité, moi, Aimeri de Bouil, voulant bâtir une maison dans laquelle Dieu fut perpétuellement honoré par ses fidèles serviteurs, j'ai plusieurs fois demandé à vénérable homme Méchin, abbé de Moreilles, d'envoyer à Bois-Grolland un certain nombre de religieux et de leur donner un abbé, afin qu'ils y fixent leur résidence, ils y prient constamment le Seigneur pour le pardon de mes péchés et des péchés de mes parents, et enfin pour le bien spirituel de tous les fidèles vivants et trépassés. Le sus dit Méchin, après de longs ajournements, mais toujours sollicité par moi et par beaucoup d'autres, a fini par accorder cette requête.

La bulle privilégiée de Lucius II accordée à l'abbaye de Moreilles entre le 12 mars 1144 et le 25 février 1145, lui conféra spécialement la grange ou ferme de Bois-Grolland, qu'Aimery de Bouil avait donnée à la dite abbaye.

L'abbaye de Moreille fut, en 1145, visitée par Gilbert de Porte, évêque de Poitiers, et affiliée, en 1152, à l'ordre de Citeaux.

Lorsqu'en 1203, l'abbaye de Bois-Grolland quitta la règle de saint Benoît, pour se soumettre à la règle établie à Citeaux; l'affiliation fut faite par Robert, abbé de Bois-Grolland, entre les mains de Maurice, évêque de Poitiers ; mais avec l'assentiment d'Ortensius, abbé de Moreilles.

Au mois d'avril de cette même année 1203, l'abbé Ortensius (1) intervint comme témoin, dans un acte de donation faite au profit du prieuré de Saint-Hilaire de Fontenay, par Guillaume Chasseloup et son frère Girard Voussard (2).

En 1541, c'est-à-dire trois ans avant de ressortir au siège royal et sénéchaussée de Fontenay, l'abbaye de Moreilles avait pour fermier Joachim Voysin de la Popelinière, près Sainte-Gemme-la-Plaine, père du célèbre capitaine et historien protestant Lancelot Voysin de la Popelinièrel.

Ruinée en 1562 par les protestants, et en 1615, parla garnison de Maillezais, des prieurs zélés profitèrent du bon vouloir de Richelieu et de son successeur au siège de Luçon, Aimery de Bragelongne (3), pour reconstruire les lieux incendiés. - Le monastère sembla ressusciter alors, et vit s'augmenter considérablement le nombre de ses religieux (4). L'église, reconstruite en 1699, par les soins du prieur Gédoin, fut bénite la même année par Mgr Charles Frézeau de la Frézelière, évêque de la Rochelle.

Au mois de mai 1714, Dom Boyer, savant bénédictin, qui visita l'abbaye de Moreilles et qui y prêcha dit, dans le compte-rendu de son voyage, que l'église de Moreilles était fort belle, et que le prieur, D. Jacques Godel, qui le reçut " avec force amitiés, ainsi que D. Foulon et D. Hébert ", faisait à ce moment-là " bâtir à grande hâte et bien réparer son monastère ", dont l'évêque de Lavaur, Nicolas de Malézieux, était abbé, depuis longtemps.

Au moment de la Révolution, il' ne restait plus à Moreilles qu'un seul moine, auquel l'abbé commendataire, qui était l'évê.que de Nancy, faisait une pension sur les vingt-mille livres qui lui restaient.

Le 13 février 1790, eut lieu la déclaration de l'abbaye de Moreilles, avec le bail de son revenu de 21.150 livres, affermé sur la caution du directeur général des fermes (5).

L'abbaye de Moreilles possédait à Chavigny, un marais, sur lequel les habitants de Nalliers et de l'Isleau avaient pour " coutume ancienne " le droit de mener pacager leurs bestiaux, ainsi qu'il appert d'un acte de 1463.

Elle possédait également, dans la paroisse de Bessay, les moulins de la Rochette, deux à eau et un à vent. Ces moulins furent arrentés par l'abbé, en 1703, à Antoine Guignard, moyennant la rente de 200 livres, dont 40 pour le curé de Bessay, et 75 pour l'église du même lieu, consentie par Jean des Forges. L'acte de confirmation est du 6 février 1729 (6).

(1) Le nom du même abbé figure avant 1203, dans un document de la plus haute importance, ayant trait à Chaillé-les-Marais, et que nous regrettons de ne pouvoir reproduire ici.

(2) Archives de Fontenay, T. iI page 64.

(3) Aimery de Bragelongne, fatigué du fardeau épiscopal, quitta volontairement cette fonction, pour se retirer dans l'abbaye de Moreilles dont il devint abbé.: Il y mourut en 1642. - Un autre abbé de Moreilles, Nicolas de Malézieux, évêque de Lavaur, se trouvait dans son abbaye a la mort de Mgr de Lescure c'est lui qui, le 9 juillet 1723, célébra dans la cathédrale de Luçon, un service solennel à l'intention de son défunt confrère.

(4) Lors des obsèques de Mgr, de Nivelle, en 1662, le prieur de Moreilles officiait. Dans l'assistance, se trouvaient Dom François de la Cour, et Dom René Le Geay, moines de la même abbaye. - Boileau, curé de Coussay. - Bruneteau, du Langon, et Grasset, de Petosse. Colbert de Croissy, dans son Etat du Poitou, page 81, prétend qu'en 1666, il n'y avait dans l'abbaye de Moreilles, que cinq religieux non réformés qui, dit-il, vivaient assez bien. -- Le revenu était de 20.000 livres, et le commendataire était Martin de Bragelongne, neveu de l'évêque du même nom.

(5) Annuaire de la Société d'émulation de la Vendée, 1857, page 245, id. 258. Voir Chassin. - La Préparation de la guerre de Vendée, T. I, pages 137-141.

(6) Archives du diocèse.